L'invitation au voyage - C. Baudelaire

L'invitation au voyage - C. Baudelaire
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

# Posté le jeudi 28 février 2008 05:42

Change!

Change!
La faculté de changement est une vertu cardinale, mais le changement n'est pas pluriel.
Je considérerai ici, non pas les changements endogènes à l'individu mais plutôt ceux qu'il subit, ou/et -selon la vision et l'individu considéré- ceux qu'il impulse.
Car s'il est désuet d'insister sur l'influence de notre milieux sur notre comportement, il ne me paraît pas inutile de rappeler que, de par sa nature, l'être humain est capable et désireux de faire évoluer la structure de la société. *

Or, pour que la société change effectivement, il ne faut pas qu'un acteur isolé amende quelques lois. Pour mettre en place un renouveau pérenne, l'acteur doit se focaliser en premier temps, non sur le corpus législatif mais sur les croyances populaires. Et cette négligence fut, dans l'histoire, source de maints échecs, souvent finis dans le sang et, par une malice du temps, a souvent conduit à entériner le statu quo. En effet, de telles tentatives, auréolées de violence, furent utilisées aisément comme outils de propagandes, et les esprits, échaudés par les événements, étaient conduits à penser que ce qui a triomphé n'avait point tord, voire, était à défaut du mieux, un pis-aller plus que satisfaisant en comparaison à toute cette effusion de malheur.

C'est pourquoi je trouve vain, ou tout au moins, inapproprié, de vouloir réformer l'état par la description de la société parfaite. -je ne rejette pas, pour autant, la science économique qui s'occupe plus du comment et qui n'aspire aucunement à réaliser ce qu'elle décrit comme optimale, je m'attaque plus ici à l'aspiration politique de certains économistes-
Je pense qu'il est inutile de revenir sur l'analyse marxiste, et que tous conviendront que la superstructure détermine l'infrastructure. Il me semble néanmoins judicieux d'ajouter une étape. Pour modifier les rapports de production, il est certes nécessaires de se pencher sur les institutions qui régissent l'état concerné. Mais pour remodeler ces institutions, il est idoine de se préoccuper de l'âme des citoyens.
Vouloir une société parfaite, dans son organisation et ses fonctions régaliennes est une belle aspiration. Mais vouloir l'imposer rapidement par ses écrits n'est autre qu'un élan romantique. Un Thomas More (avec son Utopie) ou même un Rousseau (et son Contrat Social), sont admirables dans leur prose et leurs analyses. Mais leur écrit n'est pas en mon sens politique (dans le sens qui réalise un changement, car il est évident qu'ils le sont de par nature de leur analyse et de leurs reformes invoquées), et s'ils le seront, ce ne sera que dans un second temps. La première étape doit être d'influencer la représentation du monde (il me semble évident que l'écho produit par les œuvres précédemment citées sont la preuve de la réussite d'icelles en cette étape). Nous n'étudierons pas en détail l'exemple de la Révolution Française. Mais si en 1789, un tel épisode fut possible, ce n'est pas pour le simple épisode de la crise des farines, mais de par notamment les écrits des Lumières, qui ont fait fermenté les mentalités, et les ont tournés à ressentir l'injustice et la possibilité d'une révolte, en reprenant la notion de Sen, ils ont bénéficier d'une plus ample capabilité.

Ainsi, pour nous résumer tout changement qui vise à s'extérioriser doit avant tout être interne dans l'esprit de tous les individus qui seront concernés. Les lois ne sont et ne devraient être que la cristallisation des pensées du peuple. Ainsi, une législation n'est autre (si la liberté positive est suffisante, si la coercition n'est pas outrageusement oppressante) que la traduction du Zeitgeist. Et si, parfois des lois ne reflète absolument pas ces pensées, ce n'est pas infirmation de ce précédent principe mais simple preuve d'habilité, simples prouesses de communication (ou de non communication), de taire des réformes.
Et c'est là l'essence du politique. Si vous pensez qu'une évolution sera meilleur, il faut et il suffit, pour la mettre en place de persuader l'électorat qu'elle est désirable, rien de plus.

* Cette assertion devrait certainement être développée plus largement, puisque la résistance aux changements est la réponse naturelle à notre instinctive aversion à l'incertitude. Mais nous n'invoquerons guère que les nombreux individus désireux de faire changer les choses ( qui sont, tôt ou tard, pour une durée très variable et selon les épreuves rencontrées (et leurs résolutions), chacun d'entre nous)



Ci-dessus: Le combat devant l'Hôtel de ville le 28 juillet 1830. Jean-Victor Schnetz.

# Posté le mardi 29 juillet 2008 05:56

Modifié le mardi 21 octobre 2008 19:33

Jack London

A bone to the dog is not charity. Charity is the bone shared with the dog, when you are just as hungry as the dog.

# Posté le jeudi 21 février 2008 17:11

Le bon par nécessité

Le bon par nécessité
[...]

Ce système répressif et pénitentiaire annonce le plus étonnant progrès des législations modernes. La force physique ne pouvait que combattre et détruire un effet en supprimant le coupable; elle ne pouvait protéger l'ordre social, qu'avec des échafauds et des verrous. La force morale, au contraire, s'attache à la cause, et prend le crime à sa racine pour s'efforcer de l'extirper parmi nous.

Et ce n'est point ici une oeuvre de philanthropie, la vertu peut beaucoup dans les relations privées, mais elle n'influe guère sur les mouvements sociaux, parce qu'elle est plutôt un ornement qu'une loi de l'humanité. Un même principe domine ces deux règnes de la force physique et de la force morale, c'est toujours le principe de conservation.

[...]

Charles Lucas, De l'état anormal en France de la répression
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# Posté le samedi 16 février 2008 06:42

Si...

Si...
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui est mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.



Rudyard Kipling traduit par André Maurois (merci pour la précision Laura)

# Posté le mardi 12 février 2008 14:47

Modifié le lundi 26 mai 2008 20:38