La faculté de changement est une vertu cardinale, mais le changement n'est pas pluriel.
Je considérerai ici, non pas les changements endogènes à l'individu mais plutôt ceux qu'il subit, ou/et -selon la vision et l'individu considéré- ceux qu'il impulse.
Car s'il est désuet d'insister sur l'influence de notre milieux sur notre comportement, il ne me paraît pas inutile de rappeler que, de par sa nature, l'être humain est capable et désireux de faire évoluer la structure de la société. *
Or, pour que la société change effectivement, il ne faut pas qu'un acteur isolé amende quelques lois. Pour mettre en place un renouveau pérenne, l'acteur doit se focaliser en premier temps, non sur le corpus législatif mais sur les croyances populaires. Et cette négligence fut, dans l'histoire, source de maints échecs, souvent finis dans le sang et, par une malice du temps, a souvent conduit à entériner le statu quo. En effet, de telles tentatives, auréolées de violence, furent utilisées aisément comme outils de propagandes, et les esprits, échaudés par les événements, étaient conduits à penser que ce qui a triomphé n'avait point tord, voire, était à défaut du mieux, un pis-aller plus que satisfaisant en comparaison à toute cette effusion de malheur.
C'est pourquoi je trouve vain, ou tout au moins, inapproprié, de vouloir réformer l'état par la description de la société parfaite. -je ne rejette pas, pour autant, la science économique qui s'occupe plus du comment et qui n'aspire aucunement à réaliser ce qu'elle décrit comme optimale, je m'attaque plus ici à l'aspiration politique de certains économistes-
Je pense qu'il est inutile de revenir sur l'analyse marxiste, et que tous conviendront que la superstructure détermine l'infrastructure. Il me semble néanmoins judicieux d'ajouter une étape. Pour modifier les rapports de production, il est certes nécessaires de se pencher sur les institutions qui régissent l'état concerné. Mais pour remodeler ces institutions, il est idoine de se préoccuper de l'âme des citoyens.
Vouloir une société parfaite, dans son organisation et ses fonctions régaliennes est une belle aspiration. Mais vouloir l'imposer rapidement par ses écrits n'est autre qu'un élan romantique. Un Thomas More (avec son Utopie) ou même un Rousseau (et son Contrat Social), sont admirables dans leur prose et leurs analyses. Mais leur écrit n'est pas en mon sens politique (dans le sens qui réalise un changement, car il est évident qu'ils le sont de par nature de leur analyse et de leurs reformes invoquées), et s'ils le seront, ce ne sera que dans un second temps. La première étape doit être d'influencer la représentation du monde (il me semble évident que l'écho produit par les œuvres précédemment citées sont la preuve de la réussite d'icelles en cette étape). Nous n'étudierons pas en détail l'exemple de la Révolution Française. Mais si en 1789, un tel épisode fut possible, ce n'est pas pour le simple épisode de la crise des farines, mais de par notamment les écrits des Lumières, qui ont fait fermenté les mentalités, et les ont tournés à ressentir l'injustice et la possibilité d'une révolte, en reprenant la notion de Sen, ils ont bénéficier d'une plus ample capabilité.
Ainsi, pour nous résumer tout changement qui vise à s'extérioriser doit avant tout être interne dans l'esprit de tous les individus qui seront concernés. Les lois ne sont et ne devraient être que la cristallisation des pensées du peuple. Ainsi, une législation n'est autre (si la liberté positive est suffisante, si la coercition n'est pas outrageusement oppressante) que la traduction du Zeitgeist. Et si, parfois des lois ne reflète absolument pas ces pensées, ce n'est pas infirmation de ce précédent principe mais simple preuve d'habilité, simples prouesses de communication (ou de non communication), de taire des réformes.
Et c'est là l'essence du politique. Si vous pensez qu'une évolution sera meilleur, il faut et il suffit, pour la mettre en place de persuader l'électorat qu'elle est désirable, rien de plus.
* Cette assertion devrait certainement être développée plus largement, puisque la résistance aux changements est la réponse naturelle à notre instinctive aversion à l'incertitude. Mais nous n'invoquerons guère que les nombreux individus désireux de faire changer les choses ( qui sont, tôt ou tard, pour une durée très variable et selon les épreuves rencontrées (et leurs résolutions), chacun d'entre nous)
Ci-dessus: Le combat devant l'Hôtel de ville le 28 juillet 1830. Jean-Victor Schnetz.