Amazing

Amazing
La saleté est aussi sacrée que la propreté. Mais nous ne nettoyons pas pour le simple fait de nettoyer. C'est un moyen de pratiquer le respect envers les choses. Sinon, nous finirions par croire que tout va de soi.

En nettoyant, nous apprenons à apprécier que les choses soient là rien que pour nous - pour nous soutenir, nous encourager.

Apprécier chaque objet, c'est nous apprécier nous-mêmes.

C'est ainsi que nous développons nos relations avec notre propre personne comme avec les autres.

Puisque "tout" est semblable à "un", vous ne pourrez comprendre au plus profond cette philosophie qu'au coeur de l'action.

En faisant le ménage, vous pratiquez l'unicité.
Vous réalisez que tout contribue à vous aider.

Se désintéresser du ménage peut, à première vue, paraître un objectif désirable mais, dans ce contexte, cette attitude devient un signe de paresse et d'égoïsme, comme si l'on tentait de vivre à l'écart des choses. Le plus grand risque est de se sentir alors rejeté et sans soutien.

Gary Thorp, Le Zen des petits riens, 2002

# Posté le lundi 13 août 2007 20:13

Albert Einstein, sage savant

Albert Einstein, sage savant
"L'être humain fait partie d'un tout que nous appelons l'univers, il demeure limité dans le temps et l'espace. Il fait l'expérience de son être, de ses pensées et de ses sensations comme étant séparés du reste - une sorte d'illusion d'optique de sa conscience. Cette illusion est pour nous une prison, nous restreignant à nos désirs personnels et à une affection réservée à nos proches. Notre tâche est de nous libérer de cette prison en élargissant le cercle de notre compassion afin qu'il embrasse tous les êtres vivants et la nature entière, dans sa splendeur. "

# Posté le lundi 13 août 2007 19:56

Also sprach Zarathustra - Nietzsche

Also sprach Zarathustra - Nietzsche
Texte polémique et intruiguant, extrait de la première partie de La vieille et la jeune femme dans Ainsi parlait Zarathoustra

"Pourquoi te glisses-tu furtivement dans le crépuscule, Zarathoustra ? Et que caches-tu avec tant de soin sous ton manteau ?

"Est-ce un trésor que l'on t'a donné ? Ou bien un enfant qui t'est né ? Où vas-tu maintenant toi-même par les sentiers des voleurs, toi, l'ami des méchants ?"

En vérité, mon frère ! répondit Zarathoustra, c'est un trésor qui m'a été donné : une petite vérité, voilà ce que je porte.

Mais elle est espiègle comme un petit enfant ; et si je ne lui fermais la bouche, elle crierait à tue-tête.

Tandis que, solitaire, je suivais aujourd'hui mon chemin, à l'heure où décline le soleil, j'ai rencontré une vieille femme qui parla ainsi à mon âme : "Maintes fois déjà Zarathoustra a parlé, même à nous autres femmes, mais jamais il ne nous a parlé de la femme."

Je lui ai répondu : "Il ne faut parler de la femme qu'aux hommes."

"À moi aussi tu peux parler de la femme, dit-elle ; je suis assez vieille pour oublier aussitôt tout ce que tu m'auras dit."

Et je condescendis aux désirs de la vieille femme et je lui dis :

Chez la femme tout est une énigme : mais il y a un mot à cet énigme : ce mot est grossesse.

L'homme est pour la femme un moyen : le but est toujours l'enfant. Mais qu'est la femme pour l'homme ?

L'homme véritable veut deux choses : le danger et le jeu. C'est pourquoi il veut la femme, le jouet le plus dangereux.

L'homme doit être élevé pour la guerre, et la femme pour le délassement du guerrier : tout le reste est folie.

Le guerrier n'aime les fruits trop doux. C'est pourquoi il aime la femme ; une saveur amère reste même à la femme la plus douce.

Mieux que l'homme, la femme comprend les enfants, mais l'homme est plus enfant que la femme.

Dans tout homme véritable se cache un enfant : un enfant qui veut jouer. Allons, femmes, découvrez-moi l'enfant dans l'homme !

Que la femme soit un jouet, pur et menu, pareil au diamant, rayonnant des vertus d'un monde qui n'est pas encore !

Que l'éclat d'une étoile resplendisse dans votre amour ! Que votre espoir dise : "Oh ! que je mette au monde le Surhumain !"

Qu'il y ait de la vaillance dans votre amour ! Armée de votre amour vous irez au-devant de celui qui vous inspire la peur.

Qu'en votre amour vous mettiez votre honneur. La femme du reste sait peu de choses de l'honneur. Mais que ce soit votre honneur d'aimer toujours plus que vous êtes aimées, et de ne jamais venir en seconde place.

Que l'homme redoute la femme, quand elle aime : c'est alors qu'elle fait tous les sacrifices et toute autre chose lui paraît sans valeur.

Que l'homme redoute la femme, quand elle hait : car au fond du c½ur l'homme n'est que méchant, mais au fond du c½ur la femme est mauvaise.

Qui la femme hait-elle le plus ? — Ainsi parlait le fer à l'aimant : "Je te hais le plus parce que tu attires, mais que tu n'es pas assez fort pour attacher à toi."

Le bonheur de l'homme est : je veux ; le bonheur de la femme est : il veut.

"Voici, le monde vient d'être parfait !" — ainsi pense toute femme qui obéit dans la plénitude de son amour.

Et il faut que la femme obéisse et qu'elle trouve une profondeur à sa surface. L'âme de la femme est surface, une couche d'eau mobile et orageuse sur un bas-fond.

Mais l'âme de l'homme est profonde, son flot mugit dans les cavernes souterraines : la femme pressent la puissance de l'homme, mais elle ne la comprend pas. —

Alors la vieille femme me répondit : "Zarathoustra a dit mainte chose gentille, surtout pour celles qui sont assez jeunes pour les entendre.

Chose étrange, Zarathoustra connaît peu les femmes, et pourtant il dit vrai quand il parle d'elles ! Serait-ce parce que chez les femmes nulle chose n'est impossible ?

Et maintenant, reçois en récompense une petite vérité ! Je suis assez vieille pour te la dire !

Enveloppe-la bien et clos-lui le bec : autrement elle criera trop fort, cette petite vérité."

"Donne-moi, femme, ta petite vérité !" dis-je. Et voici ce que me dit la vieille femme :

"Tu vas chez les femmes ? N'oublie pas le fouet !" —

Ainsi parlait Zarathoustra.



Ma femme, by Dali, 1960

# Posté le dimanche 12 août 2007 11:50

Modifié le mardi 14 août 2007 14:46

Azraël

Azraël
Et me voilà lancé sur le sujet le plus sibyllin qui soit, l'exorcisme de l'étincelle essentiel –j'aime les assonances, et ?-, le fieffé félon faucheur –les allitérations aussi-, doux et austère.
D'aucuns s'en passionneront, s'en fascineront parfois, le ferons anathème, moi pas. Mais bon, un l'engagement scellé, cette chère Béa serait déçue que je ne décrive pas ce qu'est, pour moi, la Camarde.

Qu'est ce que la Mort ?
Souvent, la mort est opposée à la vie. Simplement scandaleux. La mort n'est en rien le contraire de la vie. La mort, c'est l'ante-naissance.
Avant de naître, nous sommes comme endormi ; vivant, mais inconscient.
Après le trépas, nous sommes comme endormi ; mort, donc inconscient.

Nous dirons que la vie s'étend et vibre. La mort quant-à-elle n'est qu'une courte étape, un basculement.

Qu'est ce que mourir ?
Rien. Absolument rien.
Faisons un jeu. Relaxez-vous. Laissez chaque muscle se détendre, ralentissez votre respiration.
Maintenant, laissez aller vos pensées jusqu'à une sensation de profond lâcher prise.
Etape suivante, tentez, soit de vous endormir, soit de vous remémorez, précisément, l'instant précédent l'assoupissement, et laissez la mémoire se dérouler.
Si vous y êtes parvenu, vous êtes dorénavant propriétaire d'un secret précieux. La réalité sur ce qu'est la mort.
La mort, ce n'est rien. Absolument rien.

Vous étiez vivant, vous ne l'êtes plus. Le conte se déploie, majestueusement, il vécut heureux, eut beaucoup d'enfant. La mort c'est ce point final, cet instant bref, incisif. C'est la fin, ce n'est pas un nouveau début.
Bis ? Niet, néant.
Un psychopompe est un imposteur, vous avez besoin d'un guide vous, pour ne pas sentir, ne pas bouger, ne pas découvrir, bref pour ne rien faire, pis, ne plus être ?
Alors cessons de nous fasciner par la mort, cessons de nous interroger stérilement sur ce qui lui succède.
Hic & nunc. Voilà ce qui importe vraiment.

Cloturons sur une citation de Cioran -j'espère ne pas être trop provocant ;)-, qui révèle bien l'inutilité de prendre en considération la mort. De toute manière, nous y passerons tous.

"Alors qu'on préparait la ciguë, Socrate était en train d'apprendre un air de flûte. "A quoi cela te servira-t-il ? lui demonde-t-on. -A savoir cet air avant de mourir."" (Ebauche de vertige, 2004)

Le triomphe de la mort, by Bruegel, 1562

# Posté le vendredi 10 août 2007 16:06

Modifié le mardi 14 août 2007 14:47

Es tu heureux?

Es tu heureux?
Une question tellement passionnante qu'elle sonne en ma bouche comme un refrain.
Curieux ? Indiscret ? Surprenant ? Inquisiteur ? Je ne sais pas comment tu me qualifierais, mais toi, dis-moi, es-tu heureux ?

Peu répondent négativement, sinon par envie de joute oratoire, par envie de choquer, par simple esprit de contradictions ou dans des circonstances bien précises.

Ou dans des circonstances bien précises. Ainsi, éprouver une douleur influe sur la perception du bonheur, et banalise l'assimilation bonheur/plaisirs.
Et si aujourd'hui je réponds à cet étrange étranger –c'est moi, suis un peu, bordel !- :
« Putain, non, je ne suis pas heureux/se » parce que j'ai un exam stressant/parce que mon grille pain a explosé/parce que je n'avais plus de jus d'orange ce matin –c'est qu'en plus j'emmerde parfois les gens le matin, sisi !-.
Ainsi le court terme détermine ma vision du bonheur.
Et logiquement, je ne pourrais pas être heureux.

Pourquoi ?
Pensez vous que l'on puisse apprécier la douceur de sa peau si l'on s'écorche à la suite d'une démangeaison, d'une piqure d'un insecte suicidaire –faut pas s'aimer pour risquer de se poser et de rester immobiles une dizaine de seconde pour tenter d'arracher quelques millilitres de sang- ou d'un simple bouton ? J'ai plusieurs dizaine de mètres carrés de peau, et pourtant je me focalise sur une surface ridicule. Je vis des dizaines d'années, je vis des milliards d'expériences, pourtant une démangeaison marginale peut me plonger dans un état de frustration, de colère ou même de tristesse.
Comment une brève douleur pourrait-elle bannir le bonheur ?

Passons. Celui qui dit ne pas être heureux pour une contrariété ne le dit pas par conviction mais par simple exaspération, par maux d'humeur, ou, au pire des cas, ne considère pas le bonheur stricto sensu. (Je pense d'ailleurs que certains ne sont pas capable d'épouser cette état de plénitude –du moins en ce moment M0-, mais vous les connaissez, ceux qui vous martèlent du « Comment tu veux que je sois heureux avec tout le travail que j'ai en ce moment ? » ou quelques variantes fétides)

Mais, alors tout le monde est heureux ?
Cool ! Pourtant je n'en ai vraiment pas l'impression.
« Et sur une échelle de 1 à 10, à quel degré placeriez-vous votre présent bonheur ? ». Et là, vous vous rendez compte qu'une majorité l'identifie à une suite inlassable de petits plaisirs, à un tourbillonnement de douceurs. « Je mettrais... 7 . » « Pourquoi 7 ? » « Je sais pas, en ce moment ça se passe pas super avec mon copain ».
Ouch. Ce n'est pas sans rappeler la situation précédente.

Il faudrait peut-être se mettre d'accord sur ce qu'est le bonheur avant de l'évaluer, et éventuellement de dégager les conditions nécessaire pour son exécution.

Qu'est ce que pour toi le bonheur ?
Question absconse. Le bonheur en lui-même est ardu à définir. Il serait un état durable de plénitude. Mais pour ébaucher son allure, il est plus commode de ciseler le roc qui l'enserre et se poser ainsi une question beaucoup plus abordable : qu'est ce que n'est pas le bonheur.
Le bonheur n'est pas, comme nous l'avons déjà souligné, le plaisir, stimulation agréable, corporelle et borné dans l'espace et le temps. Mais le bonheur n'est-il, quant-à-lui, qu'un état affectif global ? L'ordre du sensible, qui concernent le plaisir, et le 'sur-plaisir', cet état de plaisir global, qui serait en fait la joie et non le bonheur, est caractérisé par l'éphémère. Le plaisir, la joie, sont dynamiques, le bonheur est, lui, stable, continu et durable. Il ne s'agit pas de s'abandonner au confort du plaisir mais dilater le présent, de l'investir comme véritable durée, mais non par l'imagination et la mémoire, que chacun utilise pour amplifier et de prolonger artificiellement ces contentements. –ndlr : A la manière de Stendhal qui voudrait revivre sans cesses les moments suaves, à la manière de Julien sur la route de l'échafaud-

La difficulté provient principalement d'un caractère fondamental du bonheur, il est subjectif. Et cela est naturel. Nous vivons différemment chaque situation, une même expérience n'est pas vécue de la même façon, alors comment un idéal pourrait être uniforme, comment des modèles variés de confrontation au réel, des valeurs et aspirations hétéroclites pourraient dessiner un même Eden ? Tous désireront l'aponie (absence de douleur) et l'ataraxie (tranquilité de l'âme), mais les modalités oscilleront, forcément. –bien qu'Alain, très justement en mon sens, met en exergue le rôle de l'effort et des petites contrariétés, qui permettent la jouissance de l'accomplissement, la valeur ajouté du conjecturé-
Un seul leitmotiv, que Pascal a très judicieusement écrit : « Tous les hommes recherchent d'être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu'ils y emploient. Ils tendent tous à ce but [...] C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes. Jusqu'à ceux qui vont se pendre » (Pensée, 181)


Comment donc boire ce précieux jus ?
Lorsque je guigne cet état, je dégage deux caractères, dont le premier me paraît irrévocable.

Le premier, un double accord. Accord harmonieux entre ses aspirations et l'ordre naturel des choses. Rencontre heureuse entre les règles ineffables du cosmos et les valeurs de l'individu. Et, parallèlement, accord entre ses valeurs et ses actions. Concordance de notre morale et de notre vie, de ce que l'on juge bon et de ce que l'on accomplit.
Je suis heureux lorsque je vise à perpétrer ce qui est réalisable, ce qu'il est sensé de faire, ce que l'Homme, créature d'un quelconque Dieu –ndlr : avec tout ce que l'on voudra bien mettre derrière cette étiquette si lunatique-, est -ou serait- censé exécuter. Et je suis vraiment heureux lorsque j'accomplis effectivement ce que je vise à produire, lorsque j'accomplis ce que je juge Bon.

Le second, contingent, est une voie qu'il me semble bon explorer pour être heureux.
Tout est mouvement, moi, ceux qui m'entourent, ce qui m'entoure, tout.
Or, un film terriblement réaliste et cocasse m'a inspiré ce second chemin. Dans « Two days in Paris », Julie Delpy constate amèrement que la photo plonge l'instant dans une sorte de rupture de temporalité, expulse le photographe du présent. Ainsi, la photographie, et, plus largement, toute forme contemplative n'est-elle pas une clef pour atteindre un bonheur consistant, détaché de tout désir, de toute frustration, bref de toute convulsion de vie, de tout soubresaut impétueux et tourmenté ?
Accessible en tout lieu, pour toute chose, ne nécessitant quiconque, sinon soi, la contemplation, à travers une douce rêverie, installe l'insolite zombie dans une confortable béatitude.

Vous semble-t-il niais, ce farfelu, à rêvasser ? Vous pensez qu'il a une poutre dans le cul ce rétrograde ? Vous le pensez bien simplet celui-ci à se complaire dans ses petites choses ?
A chacun sa panacée.

Le bonheur, c'est d'être heureux ; ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est, disait Jules Renard.

# Posté le lundi 06 août 2007 21:41